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Liberté, Égalité, Sororité


Cet article s'adresse à tous ceux (et toutescelles !) lassés (lassées !) de constater que l'imposition de formes féminines en allemand ne sert qu'à propager la thèse selon laquelle le féminin étant aussi souvent utilisé que le masculin, donc les femmes ne peuvent être que les égales des hommes.


L’histoire démontre cependant que le premier pas vers une défaite s'accompagne souvent par une prescription linguistique.


En Russie stalinienne, les gens devaient s'appeler « Camarade ». Après 70 ans de camaraderie, ces messieurs et dames ont pourtant opté pour la courtoisie.


Tous les efforts des gouvernements polonais et allemands d'avant guerre à épurer le langage en prescrivant du néologisme national n'ont été accompagnés que de défaites. Aux USA, le politiquement correct a rendu la vue à zéro non-voyant.


Pourquoi donc ce re-belote linguistique qui produit de telles perles : Studentlnnen, Bürgerlnnen ..., ce i majuscule au milieu d'un mot ? Une débâcle ? Toute femme ayant connu les écoles maternelles gratuites pour finir par payer la place de garderie jusqu'à 416 € par mois vous dira que savoir jongler avec dignité entre ménage, enfants, et vie professio-culturelle ne doit rien à la féminisation de la langue.


Les intellectuels allemands, persuadés (persuadées) de la vertu de cette nouvelle bigoterie, examinent avec zèle les agissements des voisins. Ainsi, un journaliste de DIE ZEIT suppose que la devise : liberté, égalité, fraternité, divulguerait une expression sexiste, car fraternité voudrait dire Brüderlichkeit.


Ce scribouilleur y sait pas qu'en français le neutre et le masculin partagent la même forme (il pleut) ? On aime ses frères et sœurs d'amour fraternel, geschwisterlich, et pas brüderlich.


Ces mesdames les ministres françaises ont dû lire ledit article et en tirer la même conclusion erronée. La féminisation des noms de fonctions en fut annoncée au pays même de la liberté et de l'égalité des sexes.


Croire qu'on puisse améliorer le sort de millions de femmes en féminisant des appellations neutres c'est pire que croire en la Mère Noëlle, c'est croire que les mots possèdent un pouvoir miraculeux, égal à celui de la magie non-blanche. Miracle?


En fait, plus on y pense, plus on se rend compte qu'une véritable merveille est en train de se produire. Pour quelques sous seulement, on donne aux femmes le sentiment qu'on fait autant pour elles que si on avait dépensé des millions. Les perdants (perdantes, plutôt) sont donc les femmes pour lesquelles rien de nouveau n'est réellement créé pour les aider à surmonter les barrières érigées par 2000 ans de supériorité masculine, mais pire, qui sont trompées par celles qui revendiquent vouloir les assister : Mesdames les ministres.


Les véritables adeptes de l'inégalité professionnelle des sexes, eux, n'ont rien à craindre. Le jour est encore loin, où une papesse aura besoin d'une version féminine pour monseigneur ou monsieur le curé.


Quant à moi, j'attends avec impatience la version féminine de « porte-drapeau ».


Béatrice Goutfer, Lüneburg

Adapté- paru dans « contact » fev. 99 (ce journal ne paraît plus)